Chers étudiants,

colliti2Mes quarante années d’expérience dans l’enseignement universitaire en Italie, dans plusieurs pays européens et africains (Côte-d'Ivoire, Burkina Faso, Sierra Leone, Somalie) et particulièrement au Cameroun, renforcent en moi l’idée selon laquelle l’engagement et la responsabilité des jeunes, par rapport au devoir citoyen, dépendent en grande partie de l’éducation et de la formation qu’ils reçoivent à l’école et, mieux encore, à l’Université.

Le Cameroun est un pays qui, pour soutenir ses grandes réalisations, , doit développer un modèle de production basé sur la connaissance et l'innovation. Ce n’est pas un hasard si le Ministre de l'Enseignement Supérieur a depuis longtemps lancé le programme d’Incubateurs d’Entreprises au sein des Universités publiques du Cameroun. Ce n’est pas non plus un hasard si le Président de la République du Cameroun, Son Excellence Monsieur Paul Biya, dans son récent discours prononcé à l'Université de Rome Tor Vergata en présence de plusieurs Recteurs Italiens et Camerounais, a mis un accent particulier sur le rôle des Incubateurs d'Entreprises dans les Universités. Et le Recteur de l'Université Evangélique du Cameroun (UEC) sait très bien que notre partenariat renforcé par mon engagement personnel, vise à faire de la Faculté des Sciences et Technologies, non seulement une Faculté pour de jeunes scientifiques, mais surtout une plaque tournante de l'innovation scientifique et technologique opérationnelle et productive. Pas seulement pour le « Savoir », mais pour le « Savoir-Faire » et mieux, le « Savoir-Produire ». Si le "Savoir" est la connaissance livresque et théorique et le "Savoir-Faire" la capacité professionnelle à agir, le "Savoir-Produire" postule une organisation interdisciplinaire et intersectorielle, que l’Université doit faire apprendre aux étudiants, dans le but de leur faire acquérir une compétence qui leur permet de transformer la matière première en vue de la satisfaction des besoins de la société.

Dans cette perspective, quelle est la mission à court et à moyen terme de la Faculté des Sciences et Technologies de l’UEC ? Les jeunes, désireux de s'inscrire dans cette Faculté, souhaitent certainement avoir une réponse à cette question. Chaque Université étant rattachée à son milieu, doit faire développer la science et la technologie, et faire émerger l’innovation et le bien-être social. « Penser localement et Agir globalement », tel est le slogan sur lequel les grandes entreprises se sont appuyées pour répondre à l'évolution constante de l'économie productive et pour faciliter la globalisation. Le ‘Penser localement’ exige un effort commun de toutes les institutions politiques, économiques, industrielles, éducatives, sociales et religieuses pour le développement du terroir. Il n’incombe pas au Recteur de l’UEC, encore moins au Doyen de la Faculté des Sciences et Technologies, d’en décider tout seul ! Le ‘THINK LOCALLY’ requiert des discussions et des décisions communes, avec toutes les institutions présentes sur le territoire et dans la région ; et Bandjoun en particulier, et l’Ouest en général, en ont beaucoup et de très efficaces.

Je vous donne un premier exemple, strictement médical, comme je suis du domaine. La Faculté des Sciences et Technologies a développé, au cours des deux dernières années, des connaissances et technologies dans le domaine de la Cytopathologie, discipline qui permet de reconnaître une cellule malade, que ce soit en phase d'infection microbienne ou de tumeur/cancer. Mais ces connaissances sont restées limitées à la Faculté et ne sont pas utilisées/appliquées ni dans les hôpitaux de la Région, encore moins, dans le reste du territoire national. Dans un avenir proche, la Faculté des Sciences et Technologies utilisera ce qui a été développé dans ce domaine pour mettre sur pieds un Centre de Recherche Clinique au sein de l'Hôpital Protestant de Mbouo, en étroite collaboration avec le système de santé local capable :

-    d’organiser des campagnes de prévention des cancers de sein et du col de l'utérus, des tumeurs de foie (causées par les virus de l’hépatite) ;  
-    d’étudier la résistance pharmaco-génétique du paludisme et du VIH/SIDA ;
-    d’introduire l’innovation technologique dans la santé.

Les tumeurs deviennent de plus en plus des causes de nombreux décès en Afrique et, sans une connaissance territoriale et préventive, il ne sera pas possible de limiter la montée de ces décès. Avec le Laboratoire de Biologie Clinique et le Laboratoire de Production Galénique, que nous allons mettre en place à la Faculté des Sciences et Technologies, l’Université Evangélique va donner à ses étudiants la possibilité de se former et de se perfectionner, afin de passer du savoir et du savoir-faire au savoir-produire.

Les Energies Renouvelables, l’Ingénierie biomédicale (maintenance des équipements médicaux) et l’Hygiène Environnementale représentent les défis auxquels le monde entier, et particulièrement l’Afrique, devra faire face au cours des 50 prochaines années. Il n’est pas exagéré de dire que le Cameroun a un important retard dans tous ces domaines. La Faculté des Sciences et Technologies, avec le Département des Sciences Biomédicales et le Départements de Technologies d’Ingénierie Biomédicale, d’Energies Renouvelables et d’Environnement, répondra à ces besoins de formation dans l’esprit de "Savoir" avec les enseignements au niveau de Licence, de "Savoir-Faire" avec les enseignements au niveau de Master, dans les options spécialisées, en coopération et sous les tutelles de l’Université de Yaoundé 1 (Ingénierie Biomédicale) et de l’Université de Ngaoundéré (Energies Renouvelables). Les Laboratoires installés dans ces Départements seront des outils pédagogiques pour permettre aux étudiants de bien maitriser le savoir acquis pendant les enseignements théoriques.

Si telle est la mission de la Faculté des Sciences et Technologies, quelle sera ma contribution ? Mon travail consistera à transférer une méthodologie articulée en trois phases intégrées les unes aux autres : la formation des étudiants (Licence, c’est-à-dire le Savoir), leur développement scientifique et technologique (Master et Doctorat, c’est-à-dire le Savoir-Faire) et leur intégration professionnelle dans le territoire et dans la production (c’est-à-dire le Savoir-Produire). Un  exemple de cette intégration sera le Master pour les Paramédicaux de Bloc Opératoire, savoir-faire innovant pour renforcer la chirurgie, et en même temps, pour diminuer le risque d’infection et les coûts d’hospitalisation. Un projet international a été mis en place entre l’Université de Bruxelles, l’Université de Douala et l’Université Evangélique du Cameroun. Le Laboratoire que nous venons d’installer dans ce domaine et le bloc opératoire de l’Hôpital Protestant de Mbouo, seront bientôt opérationnels dans cette perspective, avec l’activation du Centre de Recherche Clinique.

Enfin, dans ma vie, j’ai eu la chance de participer de nombreuses coopérations internationales dans le domaine universitaire et sanitaire. Dans le cas du Cameroun, j’ai participé avec bonheur à la conception et à la mise en place du Centre de Référence « Chantal Biya » pour la prévention et le suivi du SIDA, qui est une importante réalisation de la Coopération Italo-Camerounaise dans le domaine de la recherche opérationnelle en santé. Je suis convaincu que la première formation universitaire doit être faite sur le propre territoire, ici en Afrique. Pendant cette formation, une mobilité des étudiants sera nécessaire, pour ce qui est des niveaux Master et Doctorat. Mais le Cameroun est riche d’Universités publiques et privées, qui peuvent assurer une bonne formation au niveau Licence. La sélection sur le mérite, l’étude et l'enseignement sérieux, l'engagement de la part des enseignants, la recherche dans les laboratoires, la formation à distance avec la Plate-forme dédiée et la bibliothèque digitale, la mobilité des étudiants par semestres dans d’autres Universités africaines et italiennes, l’alternance études-travail, la coopération interuniversitaire au niveau national et international, la présence des élites culturelles, économiques et industrielles du territoire, représentent la méthode gagnante pour avoir des jeunes capables de réaliser le développement industriel et productif dont le Cameroun a besoin. Voila ma mission dans les années à venir, mission que je ne peux accomplir qu’avec l'aide de toutes les institutions et des élites nationales et locales.

J’espère vous rencontrer nombreux à l’ouverture de la nouvelle année académique de l’Université Evangélique du Cameroun en octobre prochain.

Mbouo/Bandjoun, juin 2017

Le Doyen
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Prof. Vittorio Colizzi, MD, PhD,
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